 | "Une langue est un prisme à travers lequel ses usagers sont condamnés à voir le monde; […] Notre vision du monde est donc déterminée, prédéterminée même, par la langue que nous parlons." G. Mounin, Clefs pour la linguistique... |
Voici quelques éléments sur la langue vietnamienne qui pourront non seulement vous être d’un grand secours lorsque vous serez immergés au milieu de la population, mais aussi de briller en société lors d’un dîner mondain. Du point de vue linguistique, le vietnamien est une langue monosyllabique tonale. Qu’est ce que cela signifie ??? Premièrement, que vous aurez des difficultés à la comprendre et à la parler, étant donné que sa morphologie est totalement différente des langues européennes. Ainsi, des sons s’étoufferont dans votre gorge, des borborygmes s’écraseront sur votre glotte, votre langue palpitera bêtement et vos lèvres seront agitées de spasmes. Passé ces considérations purement pratiques, une langue monosyllabique est une langue où les mots sont réduits à des racines. Ces derniers se juxtaposent pour constituer des phrases sans subir aucune modification. Ainsi, au premier abord, le béotien fera le malin en pensant que tout ce qui est morphologie flexionnelle, c’est-à-dire tout ce qui est variation des mots (conjugaison, déclinaison), qui rend la langue française si difficile, passe à la trappe pour la langue vietnamienne. En effet, pas de genre, pas de conjugaison, mis à part quelques mots magiques placés avant le verbe pour exprimer le passé (đã), et le futur (sẽ). Donc pas de Bescherelle ni de faute d’accord. En outre, comme cette langue est monosyllabique, les mots n’ont qu’une syllabe. Pas de mots pédants qui traînent sur des lignes entières, car les mots ne se forment ni par dérivation ni par composition.
En revanche, comme l’étendue phonétique n’est pas infinie, les vietnamiens s’adonnent avec plaisir à créer des mots composés. Ainsi, à un sens correspondra à deux unités phonétiques. Par exemple, sport se dit « thể thao », ramboutan se dit « mãng cầu ». Le vietnamien, comme le chinois et le siamois, est donc une langue monosyllabique. En ce qui concerne les langues européennes (où les mots subissent des modifications), celles- ci sont appelées « langues à flexion ». Que veut-dire « tonale » ? Qu’une syllabe peut se prononcer sur six tons et que ceci constitue six sens radicalement différents. Ainsi pour le phonème « ma », qui selon l’accent employé, peut signifier pêle-mêle fantôme, joue, semis,… Et c’est là qu’on se déchire : pour l’oreille non avertie, il est subtil de distinguer les 6 tons, et lorsque nous parlons, il est difficile de les reproduire non seulement car ce sont des phonèmes auxquels nous ne sommes pas habitués, mais aussi car le français utilise aussi des tons, mais pour la prosodie (on monte quand on pose une phrase interrogative, on descend pour une phrase négative). Ainsi, les occidentaux, au premier abord, seront amenés à élever la voix pour une phrase interrogative, ce qui changera totalement le sens du dernier mot. D’où de nombreuses opportunités pour se laisser emporter par des jeux de mots (parfois graveleux) involontaires. Un conseil, prêtez l’oreille et détendez les mâchoires au maximum, rien ne sert d’élever la voix ! Pensez au moment où vous direz des mots bleus…
Tentative de description des 6 tons du vietnamien :
Il y a les 3 tons hauts: - Ton ngang : pas de marque écrite, ton égal (c’est- à- dire absence de mélodie) ; imaginez-vous en train d’accorder votre violon au LA-440, c’est pareil. - Ton sắc : accent aigu sur la voyelle, la tonalité monte vers le haut, comme pour une phrase interrogative. - Ton ngã : tilde sur la voyelle. C’est un ton cassé au milieu qui descend puis ça monte.
Puis les trois tons bas: - Ton huyền : accent grave sur la voyelle, il faut descendre le ton de la voix, comme pour un énoncé négatif ; Ce ton est long comme un point d’orgue. - Ton hỏi : point d’interrogation sur la voyelle, ça monte puis ça descend ; Celui-ci est sans doute le plus dur. Contractez vos abdos et relâchez le tout, c’est parti ! · - Ton nặng : point sous la voyelle, le son émis descend, puis vient s’étrangler dans la gorge, comme si vous receviez un coup avec le tranchant de la main sur votre glotte.
Pour compléter le tableau, les prononciations des lettres sont radicalement différentes des phonèmes utilisés par le français, et il existe des lettres spéciales. En ce qui concerne l’histoire de la langue, à cause de l’influence chinoise, le vietnamien s’est approprié un grand nombre de mots chinois (environs 80% du lexique). Il existe aussi quelques influences du français (exemple ; ga pour gare, cà phê pour café,… porte guidon, garde selle, et toute autre invention farfelue). Jusqu’au XIIIème siècle, les Vietnamiens utilisaient les caractères chinois (chu Nho), puis ils ont inventé leur propre système d’écriture (chu Nôm), avant qu’un jésuite débarque au XVIIème siècle et introduise un alphabet romain, appelé « chu Quoc Ngu ». Aujourd’hui, cet alphabet inventé par Alexandre de Rhodes est toujours en vigueur, et cette écriture est devenue nationale en 1919 (ceci n’empêche pas les disparités régionales au sein de cette langue : il existe de nombreuses différentes entre les parlers du Sud, du Nord et du Centre).
Une caractéristique de la langue vietnamienne réside dans son utilisation des pronoms. En effet, contrairement au français où les pronoms sont assez différenciés et constituent des entités autonomes, les termes pour se désigner ou pour désigner autrui s’inscrivent dans un système réticulaire. Ainsi, pour se désigner, le vietnamien utilise le plus souvent un terme qui le définit par rapport à son interlocuteur. Ainsi, il utilisera « em » pour signifier « je » en s’adressant à quelqu’un de quelques années de plus que lui, et il utilisera « em » pour signifier « tu » en s’adressant à quelqu’un de quelques années de moins que lui. Les termes pour se désigner sont donc mouvants et dépendent du rapport qu’il existe avec son interlocuteur, ce qui aurait posé sans doute des problèmes à Descartes, à Hegel (eh oui, quant est- il de la constitution du sujet conscient par l’intermédiaire du moi ?) et au barbichu Freud. Après toutes ces circolutions, voici le moment tant attendu, à savoir l'heure de la pratique. Vous pouvez télécharger la méthode de vietnamien élaboré par Nico (fichier .pdf, clique droit, "enregistrer la cible sous"). Good luck! Pour approfondir cet article: L'écriture au vietnam De l'idéogramme à l'alphabet, du pinceau à la plume, des estampes à l'ordinateur
"During the sixties, all the risk-type sports were very popular, because everybody was rebelling against their parents, or rebelling against the whole system. But those days are over. This is the day of conservatism." Yvon Chouinard |