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Les villages de l’agro-alimentaire au Nord-Vietnam
Written by Guiom   
 A priori, nombreuses sont les images qu’évoquent le Vietnam aux occidentaux: des anciennes concessions de la période coloniale, une baie d’Halong plongée dans la brume, des rizières inondées où s’échinent des buffles gris suivis de paysans coiffés de leurs chapeaux coniques… Certes, il est vrai que le Vietnam est un pays agricole et que plus de 60% de la population vit en zone rurale, mais ce n’est pas tout.

Depuis le début des années 1990, de profonds changements structuraux ont conduit à une organisation bien plus complexe de la société où émergent aujourd’hui des systèmes de production et des enjeux régionaux nouveaux : échanges épineux avec le grand voisin du Nord, intégration dans l’ASEAN en 1995, entrée à l’OMC fin 2006… Les douces images d’Epinal s’estompent de jour en jour au profit d’un bouillonnement permanent marqué d’innovations et de turn-over. Dans ce contexte, des défis majeurs restent encore à relever pour le jeune tigre asiatique: l’industrialisation, la reconversion des activités agricoles et la création d’emplois en zone rurale pour limiter un exode massif vers les grands centres urbains… Tous les secteurs économiques sont concernés. De nouvelles filières agricoles se développent pour répondre à des demandes domestique et internationale toujours croissantes, et ce notamment par l’essor d’un tissu industriel rural tout à fait original.
En langue vietnamienne, les villages spécialisés dans le service, le commerce et la production de biens matériels sont appelés lang nghe, se traduisant littéralement par villages qui ont un métier. Pour beaucoup, les lang nghe sont perçus comme un artefact culturel, un héritage du passé, et parfois même un héritage de ce qu’ils font [1]. Les villages de métiers sont en effet les zones historiques du développement de la production, du commerce des biens et des services au Vietnam. Néanmoins, les lang nghe se regroupent parfois pour former des clusters, ou tissu de villages dont les entreprises sont spécialisées dans la même activité : céramique, vannerie, ébénisterie, agroalimentaire… On remarque d’ailleurs que ce regroupement en cluster est lié au développement économique, à l’industrialisation et à l’urbanisation des campagnes. Les agroindustries alimentaires n’échappent pas à cette règle et l’on voit bourgeonner des clusters de villages de métiers dans les zones périurbaines [2].

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Hoai Duc : un cluster agroalimentaire du delta

Situés le long de la rivière Đáy qui relie Hanoi aux provinces montagneuses du Nord, les villages producteurs de vermicelles, de nouilles et d’amidon étaient à l’origine (dans les années 1960) approvisionnés en matières premières (manioc, canna et autres racines et tubercules) par voie fluviale. En 2005, toutes sortes de denrées étaient produites dans les villages de métiers du district de Hoài Đức: 38000 tonnes d’amidon de manioc, de canna et de kudzu, 5900 tonnes de vermicelles de manioc et de canna, 5400 tonnes de vermicelles de riz séchés, 5600 tonnes de sirop de maltose et de sucre de canne et 3500 tonnes de bonbons, de biscuits ou autres confiseries traditionnelles (gâteau à la banane, pâte d’amandes, confiture, pain au gingembre…).
Nombreuses de ces activités sont saisonnières et les premières transformations sont réalisées lors des périodes de récolte du manioc (septembre à avril) ou du canna (novembre à mars). La transformation du canna comestible consiste à broyer les rhizomes pour en extraire l’amidon puis d’utiliser celui-ci dans la production des vermicelles, consommés surtout au moment du Têt (nouvel an lunaire). Le climat et l’accès à l’espace de séchage conditionnent fortement le succès de la production de vermicelles (mien). Une fois produits, ceux-ci encore humides sont disposés sur des claies en bambou qui sont alors transportées et disséminées au sein de la commune… parfois dans les endroits les plus insolites : toits, parvis, ruelles, digues, rizières, lac, etc. Après emballage et étiquetage, les mien sont chargés à l’arrière des motos et des camions avant de rejoindre les grands marchés d’Hanoi, voire être exporté. Il n’existe pas encore de label pour la production locale de mien, qui relève souvent d’une spécificité et d’un savoir-faire local bien appréciés des consommateurs. D’autres activités sont réalisées toute l’année. Il peut s’agir d’une deuxième étape de transformation de l’amidon humide (lavage-raffinage), de production de vermicelles de riz frais ou secs (bun), de nouilles (banh da et pho kho), de biscuits, de chocolat, ou d’entremets sucrés à base de haricots mungo à grains vert ou à grains noirs.

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Les villages de métiers sont également le lieu d’échanges de produits agricoles non transformés. A Dương Liễu, siège d’un des plus grands marchés de racines de manioc et de canna de la région, on trouve de la canne à sucre, des pommes cannelle ou autres denrées destinées à nourrir la ville de Hà Nội ou les nombreuses communes du delta.

Une volonté affichée du gouvernement est que les filières agroalimentaires s’industrialisent fortement. Le développement d’un tissu industriel se basant sur les activités des clusters est un atout. Néanmoins, des limites persistent. Bien souvent, les équipements utilisés pour la production sont fabriqués localement. Des innovations technologiques importantes ont été permises par l’arrivée de l’électricité au début des années 90, dans un souci de réduction de la main d’œuvre et d’augmentation des capacités de production. Toutefois, la plupart des procédés mobilisent de grandes quantités d’énergie et d’eau ; et le traitement des eaux usées reste un défi environnemental de taille pour les transformateurs [3].
Dans certains clusters (menuiserie, céramique), des associations pour la commercialisation des produits ont vu le jour dans les années 2000 pour répondre notamment aux Vietnam. Que deviendront les activités des villages une fois leur intégration dans la nappe urbaine ? Seul l’avenir nous le dira !
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A paraître : un guide touristique sur les villages de métiers du delta du fleuve rouge [4].

Références choisies

 [1] M. Digregorio: Recovery and Re-invention in Vietnamese Craft villages: the case of steel producing village in the Red River Delta. 2006. Hanoi, Vietnam,
[2] S. Fanchette: The Development process of craft and industrial village (CIV) clusters in Ha Tay and Bac Ninh province: from village initiatives to public policies. Vietnamese Studies (Ed. The Gioi) 2007, 3, 5-30.
[3] G. Da, D. Dufour, C. Marouzé, M. Le Thanh, P. A. Maréchal: Cassava Starch Processing at Small Scale in North Vietnam. Starch/Stärke 2008, 60, 7, 358-372.
[4] S. Fanchette: ed. Guide des itinéraires de villages de métier dans les environs de Hanoi (Delta du fleuve rouge - Vietnam). Vol. français, vietnamien, anglais, The Gioi; Hanoi, Vietnam, 2009.

 
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